Féminicide à Mohammedia : une femme tuée en pleine rue par son mari — le Maroc face à l'impunité
Le 10 mars 2026 à Mohammedia, une femme a été assassinée en plein jour par son mari, sous les yeux de passants. Un féminicide de plus dans un pays où seulement 10% des victimes osent porter plainte. Chiffres, loi et ressources.
Le 10 mars 2026, une femme a été assassinée en pleine rue à Mohammedia, en plein jour, par son mari. Filmé par des témoins, le meurtre a choqué la société marocaine et relancé avec force le débat sur le féminicide et l'impunité dont bénéficient trop souvent les auteurs de violences conjugales au Maroc. Un pays où, selon le Haut-Commissariat au Plan, seulement 10,4% des victimes osent porter plainte.
Mohammedia, 10 mars 2026 : une mort de trop
Selon les informations rapportées par Médias24, la victime a été attaquée par son mari en pleine voie publique à Mohammedia (province de Casablanca). Des passants ont assisté à la scène, certains ont tenté d'intervenir. La femme a succombé à ses blessures. L'auteur des faits a été interpellé par les forces de l'ordre dans les heures suivant le drame.
Ce féminicide — terme désignant le meurtre d'une femme en raison de son genre — est venu s'ajouter à une liste déjà trop longue. Le hashtag MohammediaFéminicide a rapidement circulé sur les réseaux sociaux marocains, avec des appels à la justice et à une réforme législative urgente.
Le silence des victimes : 10,4% portent plainte
Le chiffre est glaçant. Selon l'enquête nationale du Haut-Commissariat au Plan (HCP), parmi les femmes victimes de violences conjugales au Maroc :
- Seulement 10,4% ont engagé une action juridique ou déposé une plainte
- 7,5% ont agi dans le cadre conjugal
- 11,3% ont agi dans l'espace hors conjugal
Les raisons de ce silence sont multiples : peur des représailles, dépendance économique, stigmatisation sociale, pression familiale pour "préserver l'unité du foyer", méfiance envers les institutions, et dans certains cas, ignorance des droits.
La loi 103-13 : une avancée insuffisante
En 2018, le Maroc a adopté la loi 103-13 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes. C'était une première dans le droit marocain : reconnaissance explicite de la violence conjugale comme crime, création de tribunaux spécialisés, mise en place de cellules d'écoute dans les commissariats.
Mais les associations féministes dénoncent les limites de son application :
- Absence de définition légale du féminicide dans le Code pénal marocain
- Peines insuffisantes pour les récidivistes
- Manque de foyers d'hébergement d'urgence pour les victimes
- Pression sociale et familiale qui pousse les femmes à retirer leur plainte
- Formation insuffisante des agents de police et des juges
Le partenariat DGSN–ONU Femmes
Depuis 2018, la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) et ONU Femmes ont conclu un partenariat pour renforcer la prise en charge des femmes victimes de violence. Des cellules de prise en charge des femmes ont été créées dans plusieurs commissariats du pays, avec du personnel formé spécifiquement à l'accueil des victimes.
Mais le maillage reste insuffisant : dans les petites villes et les zones rurales, ces cellules sont quasi inexistantes.
Témoignage : "Je n'ai pas porté plainte par peur"
« Mon mari me frappait depuis des années. Je savais que si je portais plainte, sa famille — et la mienne — m'auraient rejetée. Ce sont mes enfants qui m'ont empêchée de partir. Aujourd'hui je suis sortie de là, mais combien de femmes restent piégées ? »
— Témoignage recueilli par l'association Anaruz (réseau national des centres d'écoute au Maroc)
Que faire si vous êtes victime de violence conjugale au Maroc ?
- Appelez la police (19) — signalez la violence
- Rendez-vous dans une cellule d'écoute de commissariat
- Contactez le réseau Anaruz : 0800 008 100 (numéro vert gratuit)
- Demandez une ordonnance de protection auprès du tribunal de première instance
- Consultez un médecin pour établir un certificat médical de coups et blessures
Ressources d'aide au Maroc
- 0800 008 100 — Réseau Anaruz (numéro vert gratuit, violences femmes)
- 19 — Police secours
- Association Amane : amane.asso.ma
- Cellules d'écoute DGSN dans les commissariats de préfecture
L'appli AjiHelp — en danger ? Vous n'êtes pas seul·e.
Ressources, signalement et entraide — gratuite, disponible sur iOS & Android



