Féminicide dans l'Eure : il tue son ex-compagne puis se suicide, il avait déjà été poursuivi pour une première tentative
Un homme a tué son ex-compagne dans l'Eure avant de se donner la mort. Le suspect avait déjà fait l'objet de poursuites judiciaires quatre ans auparavant pour une première tentative d'homicide sur la même victime. Un féminicide qui interroge le traitement judiciaire des violences conjugales.
Un nouveau féminicide endeuille la France. Dans le département de l'Eure, un homme a ôté la vie à son ex-compagne avant de se donner lui-même la mort. Ce drame prend une dimension particulièrement accablante : le suspect avait déjà été poursuivi judiciairement quatre ans auparavant pour une première tentative d'homicide sur cette même femme. Ce drame ravive avec une acuité douloureuse les débats sur la protection réelle des victimes de violences conjugales par le système judiciaire français.
Les faits : une femme assassinée par son ex-compagnon
Les faits se sont produits dans l'Eure, département normand. Selon les premiers éléments communiqués par le parquet d'Évreux, l'homme s'est rendu au domicile de son ex-compagne en début de matinée. Une dispute a éclaté, dont l'issue a été fatale pour la jeune femme, tuée par son ex-partenaire avant que ce dernier ne mette fin à ses propres jours sur place. Les services de secours, alertés par des voisins inquiets de n'entendre plus aucun son après des cris, ont découvert les deux corps.
La victime, dont la famille a demandé que le prénom ne soit pas divulgué pour le moment, était mère de famille. Elle avait tenté de refaire sa vie après une séparation difficile, marquée par des violences que les proches décrivent comme connues des autorités. Son décès laisse un vide immense auprès de ses enfants, de sa mère et de ses amis qui la décrivent comme une femme courageuse, qui se battait pour s'en sortir.
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Un récidiviste que la justice connaissait
Ce qui rend ce drame encore plus insoutenable, c'est l'existence d'un précédent judiciaire explicite. Il y a quatre ans, le même homme avait déjà été mis en cause pour une tentative d'homicide sur cette même femme. Les détails de la peine prononcée à l'époque — condamnation avec sursis, emprisonnement ferme suivi d'une libération anticipée, ou classement sans suite — n'ont pas encore été précisés par le parquet. Mais cette séquence soulève des questions fondamentales.
Comment un homme condamné ou mis en examen pour tentative d'homicide sur une femme a-t-il pu la tuer quatre ans plus tard ? Bénéficiait-il d'un suivi post-judiciaire ? Un bracelet anti-rapprochement avait-il été ordonné ? La victime avait-elle signalé de nouvelles menaces ? Autant de questions que le parquet d'Évreux devra éclaircir dans les semaines à venir.
Les dispositifs de protection : entre théorie et réalité
Depuis 2019, la France s'est dotée de plusieurs outils législatifs pour protéger les victimes de violence conjugale :
- Le bracelet anti-rapprochement (BAR) : impose une distance minimale entre l'auteur et la victime, avec alerte automatique en cas de violation
- L'ordonnance de protection : délivrée par le juge aux affaires familiales dans un délai maximal de six jours
- Le Téléphone Grave Danger (TGD) : remis à la victime pour un contact direct avec les secours
- L'hébergement d'urgence : places dédiées aux victimes dans les centres d'accueil spécialisés
Ces outils existent, mais leur déploiement reste inégal sur le territoire. En zones rurales et dans les départements moins dotés comme certaines parties de la Normandie, les délais d'octroi d'une ordonnance de protection peuvent dépasser le délai légal de six jours. Les associations de terrain alertent régulièrement sur le manque de places d'hébergement d'urgence et sur le sous-équipement de certains parquets en matière de suivi des auteurs de violences.
Une femme tuée tous les deux jours en France
Ce féminicide s'ajoute à un bilan qui reste insupportablement lourd. En 2025, 94 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire en France. L'Observatoire national des violences faites aux femmes rappelle que la rupture est le moment le plus dangereux : le risque létal augmente de 40 % dans les semaines qui suivent la séparation. C'est précisément ce moment que les pouvoirs publics peinent encore à sécuriser efficacement.
Les cas de récidive — où l'auteur était déjà connu pour des violences sur la même victime — représentent une part significative des féminicides. Chaque fois qu'un tel drame survient, les associations posent la même question : pourquoi le système n'a-t-il pas protégé cette femme qui avait déjà failli y laisser la vie ?
Ressources et aide pour les victimes
Si vous êtes victime de violences conjugales ou craignez pour votre sécurité :
- 3919 — Violences Femmes Info · Gratuit · 24h/24 · Confidentiel · N'apparaît pas sur la facture
- 17 — Police secours · Urgence immédiate
- Téléphone Grave Danger — à demander via le 3919 ou directement au procureur
- Ordonnance de protection — à demander au juge aux affaires familiales sans attendre
- CIDFF de l'Eure — Centre d'information sur les droits des femmes, Évreux
Consultez notre guide complet sur la violence conjugale et notre annuaire des ressources en France.
Article rédigé par Noura Abdellaoui, journaliste AjiHelp Media. Sources : AFP, Normandie Actu, parquet d'Évreux, Fédération Nationale Solidarité Femmes, Observatoire national des violences faites aux femmes. Publié le 17 juillet 2026.
Ce que révèle chaque féminicide sur nos failles collectives
Chaque féminicide est un échec collectif. Ce n'est pas une formule : c'est une réalité documentée. Dans la grande majorité des cas, des signaux d'alerte existaient. Des proches avaient connaissance des violences. Des voisins avaient entendu les disputes. Parfois, des signalements avaient même été effectués auprès des forces de l'ordre ou des services sociaux, sans que la chaîne de protection n'ait fonctionné jusqu'au bout. Le cas de l'Eure, où l'auteur avait déjà été poursuivi pour une tentative d'homicide sur la même victime, illustre de façon particulièrement cruelle ces failles.
Les associations féministes et les professionnels de la protection de l'enfance réclament depuis des années la création d'un fichier national des auteurs de violences conjugales, accessible aux différentes juridictions, pour éviter que des hommes condamnés dans un département ne recommencent leurs violences après un déménagement sans que les nouvelles autorités compétentes en soient informées. Une proposition de loi en ce sens a été déposée au Parlement mais attend toujours d'être inscrite à l'ordre du jour. Ce féminicide dans l'Eure est une nouvelle occasion, tragique, de rappeler l'urgence d'agir.
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