Féminicide à Mohammédia : le Maroc face à ses lacunes 2026
Le meurtre d'une femme par son compagnon à Mohammédia a provoqué une vague d'indignation nationale. Associations féministes et citoyens réclament une application plus stricte de la loi 103-13 sur les violences faites aux femmes.
Un féminicide qui secoue le Maroc
Le Maroc est une nouvelle fois endeuillé. Le meurtre d'une femme par son compagnon à Mohammédia, ville côtière de la région Casablanca-Settat, a déclenché une vague d'indignation sans précédent sur les réseaux sociaux et dans les rues du royaume. Largement relayé sur les plateformes numériques, ce drame a remis en lumière une réalité que de nombreuses associations féministes dénoncent depuis des années : l'insuffisance criante des mécanismes de protection des femmes face aux violences conjugales.
Les détails du drame, diffusés massivement en ligne, ont suscité une émotion collective profonde. Des milliers d'internautes marocains ont exprimé leur colère et leur douleur, exigeant des réponses concrètes de la part des autorités. Des rassemblements spontanés ont eu lieu dans plusieurs villes, témoignant d'un ras-le-bol généralisé face à l'impunité perçue des auteurs de violences conjugales.
La loi 103-13 : une avancée insuffisante ?
Adoptée en 2018, la loi 103-13 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes avait été saluée comme une avancée historique pour le Maroc. Elle introduisait notamment des mesures de protection d'urgence, des ordonnances restrictives et des sanctions pénales renforcées pour les auteurs de violences conjugales. Pourtant, six ans après son entrée en vigueur, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer l'écart béant entre le texte de loi et sa mise en application sur le terrain.
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'La loi existe, mais elle n'est pas appliquée avec la rigueur nécessaire', dénonce une représentante d'une association féministe marocaine. 'Les femmes qui portent plainte se heurtent à des procédures longues, à un manque de structures d'accueil et parfois à une incompréhension de la part des agents chargés de les recevoir.' Ce constat, partagé par de nombreuses organisations de défense des droits des femmes, pointe vers des défaillances structurelles qui coûtent des vies.
Le ministère de la Justice interpellé
Dans ce contexte, le ministère de la Justice a été directement interpellé par des associations et des parlementaires. Ces derniers réclament une évaluation transparente de l'application de la loi 103-13, ainsi que des mesures d'urgence pour renforcer la protection des femmes en danger. Parmi les revendications formulées : la création de cellules spécialisées dans le traitement des plaintes pour violences conjugales, la formation obligatoire des forces de l'ordre et des magistrats, et l'augmentation du nombre de centres d'hébergement pour les femmes victimes.
Des voix s'élèvent également pour demander la création d'un observatoire national des féminicides, sur le modèle de ce qui existe dans plusieurs pays européens. Un tel outil permettrait de disposer de données fiables sur l'ampleur du phénomène, aujourd'hui encore difficile à quantifier avec précision au Maroc, faute de statistiques officielles exhaustives.
Les réseaux sociaux, nouveau tribunal de l'opinion
Le rôle des réseaux sociaux dans la médiatisation de ce drame mérite d'être souligné. Si la viralité de l'affaire a permis de maintenir une pression citoyenne sur les autorités, elle soulève également des questions éthiques sur la diffusion d'images et de témoignages liés à des affaires aussi sensibles. Des professionnels des médias et des psychologues appellent à une couverture responsable de ces drames, qui respecte la dignité des victimes et préserve leur entourage d'un traumatisme supplémentaire.
Briser le silence, une urgence collective
Au-delà du débat juridique et politique, le drame de Mohammédia rappelle l'urgence d'un changement culturel profond. Les associations de terrain insistent sur la nécessité de sensibiliser les jeunes générations aux questions d'égalité et de respect mutuel, dès l'école. Elles appellent également les témoins de situations de violence à ne pas rester silencieux et à signaler les cas aux autorités compétentes.
Chaque féminicide est un échec collectif. Il est temps que la société marocaine, dans toutes ses composantes, prenne la pleine mesure de cette réalité et agisse en conséquence. Les femmes en danger ne peuvent plus attendre.
Numéros d'aide au Maroc
Si vous êtes victime de violences ou si vous connaissez une personne en danger, contactez :
- Numéro vert national contre les violences faites aux femmes : 8080 (gratuit, disponible 24h/24)
- Association Anaruz (réseau national des centres d'écoute) : disponible dans plusieurs villes du Maroc
- Gendarmerie Royale / Police nationale : 19
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