77 féminicides en France en 2026 : le bilan des violences
77 femmes tuées par leur conjoint en France depuis janvier 2026. Un bilan tragique révélant l'insuffisance des dispositifs de protection existants.
Soixante-dix-sept. C'est le nombre de femmes mortes sous les coups d'un conjoint, ex-conjoint ou proche depuis le 1er janvier 2026 en France. Un chiffre recensé par des associations féministes mobilisées tout au long de l'année, et relayé par Le Courrier de l'Atlas. Derrière chaque unité, une vie brisée, une famille dévastée, un système qui, malgré ses promesses répétées depuis des années, n'a pas su protéger. Ce bilan tragique intervient alors que la France traverse une période de remise en question majeure concernant ses politiques de prévention et de protection des femmes en danger.
Un comptage associatif qui pallie les lacunes institutionnelles
En France, il n'existe pas de décompte officiel en temps réel des féminicides. Ce sont des collectifs comme Féminicides par compagnons ou ex, NousToutes, ou encore le Collectif Contre le Féminicide qui assurent ce travail de mémoire et de vigilance, en compilant les informations issues de la presse locale, des signalements et des réseaux sociaux. Ce recensement citoyen, aussi précieux qu'il soit, souligne une carence majeure de l'État : l'absence d'un observatoire national dédié, actualisé en continu et fonctionnant en transparence.
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Cette lacune administrative est d'autant plus problématique qu'elle rend difficile l'évaluation réelle de l'impact des politiques publiques mises en place. En 2023, le ministère de l'Intérieur avait comptabilisé 94 féminicides sur l'ensemble de l'année. En 2024, ce chiffre s'établissait autour de 96 selon les associations féministes. À ce rythme de progression, 2026 pourrait dépasser ces seuils si aucune inflexion majeure n'intervient dans les prochains mois. Cette stagnation, voire cette augmentation progressive, contredit les objectifs affichés par le gouvernement depuis plusieurs années.
Des dispositifs de protection insuffisants et inégalement appliqués
Depuis le Grenelle contre les violences conjugales de 2019, un tournant majeur dans la prise de conscience politique française, plusieurs mesures ont été déployées avec l'ambition de transformer le système. Le bracelet anti-rapprochement (BAR), les ordonnances de protection d'urgence, les téléphones grave danger (TGD), ou encore la formation obligatoire des forces de l'ordre aux signaux d'alerte constituent un arsenal théoriquement complet. Pourtant, les chiffres ne fléchissent pas de manière significative, suggérant que le problème réside moins dans l'absence de dispositifs que dans leur mise en œuvre.
Des associations pointent régulièrement des dysfonctionnements structurels : des plaintes classées sans suite sans examen approfondi, des ordonnances de protection accordées trop tardivement ou annulées par des décisions ultérieures, des bracelets anti-rapprochement non portés ou contournés par des conjoints violents déterminés. Les études menées par NousToutes et d'autres organismes révèlent que certains auteurs de violences parviennent à s'affranchir de ces restrictions en changeant de téléphone, en utilisant des intermédiaires ou en exploitant les failles du système judiciaire.
Le manque chronique de moyens alloués aux structures d'hébergement d'urgence est également dénoncé comme une carence majeure du système. En France, une femme sur cinq qui fuit un conjoint violent ne trouve pas de place en foyer d'accueil, obligeant certaines à retourner vers leurs agresseurs par manque d'alternatives. Cette saturation des structures d'accueil est particulièrement préoccupante en milieu rural, où les ressources sont encore plus limitées.
Chronologie des mesures depuis le Grenelle 2019
Le Grenelle de 2019 a marqué un tournant, initiant une série de réformes progressives. En 2020, la loi sur les violences conjugales a renforcé les pouvoirs des forces de l'ordre pour éloigner les conjoints violents. En 2022, la loi complétée a introduit le délit de contrôle coercitif. Cependant, chaque nouvelle mesure s'est heurtée à des obstacles d'application pratique, révélant une fracture entre les intentions législatives et la réalité terrain.
Profils et contextes des féminicides en 2026
Les études des associations révèlent que les féminicides ne suivent pas un profil unique. Ils surviennent dans des couples de toutes classes sociales, de tous niveaux d'éducation. Cependant, certains facteurs de risque sont identifiés : la séparation ou la menace de séparation (présente dans environ 60% des cas), l'escalade antérieure de violences, la présence d'armes dans le foyer, et l'abus d'alcool ou de drogues. Les enfants sont témoins ou victimes dans environ 40% des cas.
La mobilisation citoyenne comme ultime rempart
Face à cette situation intolérable, des rassemblements sont prévus dans plusieurs villes françaises pour alerter l'opinion publique et interpeller les pouvoirs publics. Ces mobilisations, souvent organisées par des collectifs féministes, visent à rendre visible ce qui reste trop souvent invisible : la mort de femmes dans la sphère privée, loin des caméras, dans le silence de foyers devenus des lieux de danger extrême.
Les collectifs demandent des mesures concrètes : un observatoire national indépendant, des moyens massifs pour les refuges et centres d'accueil, une formation obligatoire des magistrats aux dynamiques de violence conjugale, et une responsabilisation réelle des forces de l'ordre en cas de dysfonctionnement. Ils exigent également la création d'un numéro unique et renforcé pour les victimes, avec une prise en charge garantie dans les 24 heures.
Ce que disent les statistiques comparatives
Le bilan français peut être contextualisé en comparaison avec d'autres pays européens. Selon les données de l'Organisation mondiale de la santé, la France affiche des taux de féminicide parmi les plus élevés en Europe. Cette réalité pose question sur l'efficacité relative des modèles de prévention adoptés et sur la nécessité de réformes plus radicales.
Un appel à transformer le système
'Chaque féminicide est un échec collectif', rappellent régulièrement les militantes. Un échec de la justice, de la police, du système de santé, mais aussi d'une société qui peine encore à reconnaître la violence conjugale comme une urgence nationale de premier ordre. Les 77 femmes mortes en 2026 ne sont pas des statistiques abstraites : ce sont des mères, des filles, des sœurs, des amies dont les vies ont été prises par ceux censés les aimer.
La question qui se pose désormais aux autorités françaises est claire : à quel moment passeront-elles de la parole à l'action massive, durable et systémique ? Les dispositifs existent. Ce qui manque, c'est la volonté politique d'allouer les ressources nécessaires et de transformer en profondeur une culture judiciaire et policière qui, trop souvent, minimise la gravité des menaces et des violences préalables aux meurtres.
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