L'ordonnance de protection : qu'est-ce que c'est, comment l'obtenir et en combien de temps ?
L'ordonnance de protection est une mesure judiciaire d'urgence pour les victimes de violences. Conditions, procédure, délais et preuves nécessaires : tout ce qu'il faut savoir.
L'ordonnance de protection est une mesure judiciaire d'urgence qui permet à une victime de violences conjugales ou familiales d'obtenir rapidement une protection légale, sans attendre l'issue d'une procédure pénale. Instaurée par la loi du 9 juillet 2010, renforcée en 2019 par le Grenelle des violences conjugales, elle est aujourd'hui l'un des outils juridiques les plus importants pour protéger les victimes en danger immédiat.
Qu'est-ce que l'ordonnance de protection ?
L'ordonnance de protection est délivrée par le juge aux affaires familiales (JAF). Elle permet, en urgence et pour une durée limitée, de prendre des mesures concrètes pour protéger la victime et ses enfants. Sa particularité fondamentale : elle peut être accordée même sans dépôt de plainte préalable, et même si aucune procédure pénale n'est en cours. Le juge se fonde sur la vraisemblance des violences et le danger couru.
C'est une mesure civile, distincte de la procédure pénale. Elle peut être prononcée en parallèle d'une plainte ou d'une mise en examen, ou de façon totalement indépendante.
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Qui peut en bénéficier ?
L'ordonnance de protection peut être demandée par :
- Les victimes de violences conjugales (physiques, psychologiques, sexuelles, économiques), qu'elles soient mariées, pacsées ou en union libre
- Les victimes de violences commises par un ex-conjoint ou ex-partenaire
- Les enfants exposés aux violences ou directement victimes
- Toute personne menacée par un membre de sa famille
La victime doit simplement démontrer la vraisemblance des violences alléguées et le danger qu'elle court. Elle n'a pas à prouver les faits au sens pénal du terme — c'est l'une des grandes avancées de cette procédure.
Que peut ordonner le juge ?
L'ordonnance de protection peut contenir plusieurs types de mesures, adaptées à la situation :
- Interdiction d'entrer en contact avec la victime (appels, SMS, mails, réseaux sociaux)
- Interdiction de paraître au domicile, au lieu de travail ou dans les lieux fréquentés par la victime
- Attribution du domicile conjugal à la victime, avec obligation pour l'auteur de quitter les lieux
- Dissimulation de l'adresse de la victime dans tous les actes et procédures
- Suspension du droit de visite des enfants ou maintien sous conditions (lieu neutre, présence d'un tiers)
- Attribution du TGD (téléphone grave danger)
- Prise en charge d'une thérapie pour l'auteur des violences
- Mesures financières d'urgence : pension alimentaire provisoire, contribution aux charges du ménage
Le délai : 6 jours maximum
Depuis la loi du 28 décembre 2019, le juge aux affaires familiales doit statuer dans un délai maximum de 6 jours ouvrables à compter de la fixation de l'audience. C'est une avancée majeure — avant cette réforme, les délais pouvaient atteindre plusieurs semaines, laissant les victimes en danger.
En cas de danger immédiat, des mesures conservatoires peuvent être prises encore plus rapidement, parfois en 24 à 48 heures.
Comment faire la demande ? Étape par étape
- Étape 1 — Rédiger la requête : La demande se fait par requête écrite adressée au greffe du tribunal judiciaire de votre lieu de résidence. Un avocat n'est pas obligatoire mais fortement recommandé. L'aide juridictionnelle peut couvrir les frais si vos revenus sont modestes.
- Étape 2 — Rassembler les preuves : Certificats médicaux, captures d'écran de messages menaçants, témoignages de voisins ou de proches, rapports de police, arrêts de travail, attestations d'associations. Tout document attestant de la réalité des violences est utile.
- Étape 3 — Dépôt de la requête : La requête est déposée au greffe du JAF. L'auteur des violences est convoqué à l'audience, mais la victime peut demander à témoigner séparément pour éviter toute confrontation directe.
- Étape 4 — Audience : Le juge entend les deux parties. La victime peut être accompagnée d'un avocat, d'un représentant d'association ou d'un interprète si nécessaire.
- Étape 5 — Décision : Le juge rend sa décision dans les 6 jours. En cas de refus, un recours en appel est possible.
Durée et renouvellement
L'ordonnance de protection est délivrée pour une durée de 6 mois maximum. Elle peut être renouvelée si une procédure pénale ou civile (divorce, séparation) est en cours. Elle prend fin automatiquement à l'issue de ce délai sauf renouvellement express du juge.
Si l'auteur des violences ne respecte pas les mesures de l'ordonnance, il s'expose à des poursuites pénales pour violation de décision judiciaire, passible de 2 ans d'emprisonnement et 15 000 € d'amende.
Chiffres clés
- Plus de 5 000 ordonnances de protection délivrées chaque année en France
- Taux d'acceptation : environ 70 % des demandes aboutissent à une ordonnance
- Délai moyen de traitement : 4,5 jours depuis la réforme de 2019
- Dans 60 % des cas, l'ordonnance est couplée à l'attribution d'un TGD
Ce que l'ordonnance ne fait pas
L'ordonnance de protection est une mesure civile temporaire. Elle ne remplace pas la procédure pénale et ne condamne pas l'auteur des violences. Elle ne garantit pas non plus que l'auteur respectera les interdictions imposées — d'où l'importance de la combiner avec un TGD, le bracelet anti-rapprochement et un suivi par une association spécialisée.
Ressources pour vous accompagner
- 3919 — Violences Femmes Info (gratuit, 24h/24, confidentiel)
- France Victimes 116 006 — aide juridique et accompagnement
- service-public.fr — modèle de requête et informations officielles
- arretonslesviolences.gouv.fr — toutes les démarches en ligne
- Aide juridictionnelle : si vos revenus sont inférieurs à 1 084 €/mois, vous pouvez bénéficier d'un avocat gratuit
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