Règlements de comptes à Sevran : deux proches du rappeur Maes tués, Seine-Saint-Denis sous tension
Sevran, en Seine-Saint-Denis, est de nouveau endeuillée par des règlements de comptes. Deux proches du rappeur Maes ont été tués, s'inscrivant dans une série d'affrontements territoriaux liés au trafic de stupéfiants qui ensanglante le 93.
La commune de Sevran, en Seine-Saint-Denis, est une nouvelle fois endeuillée. La mort violente de deux proches du rappeur Maes, natif de la ville, a plongé le 93 sous haute tension. Ces homicides s'inscrivent dans une longue série d'affrontements territoriaux directement liés au trafic de stupéfiants, qui frappe durement ce département depuis plusieurs années.
Deux exécutions ciblées dans l'entourage de Maes
Les deux victimes étaient des membres de l'entourage proche de Maes, de son vrai nom Mahmoud Ben Mohamed, rappeur originaire de Sevran, figure incontournable du rap français. Leurs identités exactes n'ont pas été officiellement divulguées par les autorités pour protéger les investigations. Selon des sources proches de l'enquête, les deux hommes auraient été tués à quelques heures d'intervalle, dans deux endroits différents de la commune, selon un mode opératoire qui évoque une double exécution planifiée.
Les circonstances précises — lieux, mobiles immédiats, identité des auteurs — font l'objet d'une enquête confiée à la brigade criminelle de la police judiciaire de Seine-Saint-Denis. Plusieurs gardes à vue ont été effectuées dans les heures suivant les meurtres, sans qu'aucune arrestation définitive n'ait été confirmée au moment de la publication de cet article.
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Sevran, commune martyre des guerres de territoires
Sevran n'est malheureusement pas à sa première confrontation avec ce type de violence. Avec ses 52 000 habitants répartis dans des quartiers aux histoires très différentes — la Beaudottes, le Rougemont, Montceleux — la commune est depuis plus d'une décennie un terrain d'affrontement entre réseaux rivaux. Ces clans se disputent le contrôle de points de deal générant des millions d'euros de chiffre d'affaires annuel.
Ces derniers mois, la tension avait significativement monté. Des incidents armés, des tentatives d'assassinat, des voitures incendiées et des représailles successives avaient déjà été signalés sans que les médias nationaux ne s'en fassent l'écho. La mort de deux hommes proches d'une figure publique comme Maes change la donne médiatique et risque d'alimenter une nouvelle spirale de représailles.
Maes, porte-voix d'une génération du 93
Mahmoud Ben Mohamed, alias Maes, est né et a grandi à Sevran. Ses albums — Les derniers salopards, JEFE — ont rencontré un succès commercial massif tout en documentant sans fard la réalité des cités du 93 : le deal, la violence, les deuils à répétition, l'absence d'horizon pour ceux qui restent. Il avait lui-même évoqué dans ses textes la mort de proches, la difficulté de s'extraire des logiques criminelles quand elles définissent votre environnement dès l'enfance.
La mort de deux membres de son entourage illustre douloureusement que ni la célébrité ni l'argent ne constituent une protection absolue contre les guerres qui déchirent les quartiers d'où l'on est issu.
Le phénomène des guerres de territoires en France
Les règlements de comptes liés au trafic de drogues ont connu une évolution préoccupante depuis cinq ans en France. Ils ne se limitent plus aux grandes métropoles :
- Prolifération des armes à feu via les filières balkaniques et les dark markets
- Rajeunissement des acteurs : des mineurs de 14-16 ans utilisés comme guetteurs, convoyeurs ou parfois comme tireurs
- Extension géographique vers les villes moyennes et les zones périurbaines
- Fragmentation des réseaux qui multiplie les conflits de frontières
- Cycles de représailles difficiles à briser sans arrestation des commanditaires
Seine-Saint-Denis : un département qui crie à l'aide
Avec 1,6 million d'habitants, la Seine-Saint-Denis est le département le plus jeune et le plus pauvre de France métropolitaine. Son taux de pauvreté dépasse 28 %, contre 14 % en moyenne nationale. Le taux de chômage des 15-24 ans y dépasse 30 % dans les zones les plus touchées. Les services publics — hôpitaux, écoles, transports — y sont chroniquement sous-dotés malgré des besoins objectivement supérieurs à la moyenne nationale.
C'est dans ce contexte que les économies souterraines prospèrent. Le trafic de stupéfiants représente pour de nombreux jeunes la seule source de revenus accessible, dans un environnement où les offres d'emploi légales sont rares et souvent discriminantes. Les associations de terrain le répètent depuis des années : sans réinvestissement massif dans l'éducation, la formation et l'emploi, les interventions policières seules ne feront que déplacer les problèmes.
L'appel des élus : sécurité et investissement social
Face à cette nouvelle flambée de violence, plusieurs élus de Seine-Saint-Denis ont renouvelé leur double demande : plus de policiers pour assurer une présence dissuasive sur le terrain, mais aussi plus d'investissements sociaux — éducateurs de rue, structures d'accueil pour les jeunes, programmes d'insertion professionnelle.
Le président du département et plusieurs maires ont envoyé une lettre ouverte au Premier ministre pour demander un plan d'urgence, rappelant que le 93 contribue massivement à la richesse nationale tout en restant l'un des territoires les plus négligés des politiques publiques.
Article rédigé par Noura Abdellaoui, journaliste AjiHelp Media. Sources : AFP, Le Parisien, BFM TV, police judiciaire de Seine-Saint-Denis, INSEE. Publié le 17 juillet 2026.
La réponse de l'État : entre annonces et réalité de terrain
Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs ont annoncé des plans de lutte contre le trafic de drogues et les violences urbaines en Seine-Saint-Denis. Des opérations Place Nette ont été menées dans plusieurs communes du département, permettant des saisies importantes et des interpellations. Mais sur le terrain, les acteurs de la prévention et les élus locaux constatent que ces opérations ponctuelles ne suffisent pas à démanteler durablement les réseaux, qui se reconstituent rapidement en décalant leurs activités vers d'autres rues ou d'autres communes.
La Seine-Saint-Denis attend également depuis des années le rééquilibrage de la dotation des services publics promis lors du débat sur les Jeux Olympiques de Paris 2024. Si les JO ont permis quelques investissements en infrastructure, les habitants et les élus dénoncent un après-JO décevant, où les promesses de transformation durable du département ne se sont pas concrétisées à la hauteur des espoirs.
Dans ce contexte, chaque nouveau drame comme celui de Sevran rappelle que le problème des violences liées aux trafics ne se réglera pas sans une volonté politique forte et des moyens financiers à la hauteur des besoins réels.
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