Bruxelles : procès crèche ULB, le parquet réfute l'emprise 2026
Le parquet de Bruxelles a requis 16 ans de détention contre l'ex-compagnon et 10 ans contre l'ancienne puéricultrice de la crèche de l'ULB, jugés pour viols sur enfants.
⚠️ Contenu sensible — Cet article traite de violences sexuelles commises sur des enfants en bas âge. Des ressources d'aide sont disponibles en bas de page.
Le procès de l'ancienne puéricultrice de la crèche de l'Université libre de Bruxelles (ULB) et de son ex-compagnon s'est poursuivi mardi 3 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Les deux prévenus sont jugés pour viol, atteinte à l'intégrité sexuelle et production de matériel pédopornographique sur au moins trois enfants de moins de trois ans, des faits commis entre 2020 et 2022 au sein de l'établissement. Le parquet a requis des peines lourdes et a fermement réfuté la thèse de l'emprise avancée par la prévenue.
Les faits en détail
Identifiée par ses initiales C.V., l'ancienne puéricultrice a comparu mardi matin devant la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, spécialisée en faits de mœurs. Dès ses premières déclarations, elle a affirmé n'avoir jamais imposé de violences sexuelles à un enfant et n'avoir jamais été témoin de tels actes commis par son ancien partenaire. Elle a soutenu que ce dernier n'était jamais entré dans la section de la crèche où elle travaillait, se contentant, selon elle, de l'attendre dans le couloir en fin de journée.
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La prévenue a également contesté la validité de ses aveux initiaux, affirmant avoir été mise sous pression par des policières lors d'un interrogatoire conduit sans la présence d'un avocat. Elle a présenté sa relation avec son ancien compagnon — de seize ans son aîné — comme une situation d'emprise psychologique, rappelant que leur relation avait débuté alors qu'elle avait 16 ans et lui 32 ans.
Face à ces déclarations, le procureur du roi a opposé une analyse minutieuse du dossier. Après avoir examiné deux années d'échanges de messages entre les deux prévenus via la messagerie Telegram, il a affirmé n'avoir trouvé "aucun message s'apparentant à des menaces", ni aucune trace de mécanismes de dévalorisation, d'atteinte à l'estime de soi ou de phénomène d'emprise. "Il n'y a pas d'emprise", a-t-il martelé, demandant au tribunal de ne pas suivre l'image d'une "ingénue sous emprise" présentée par la défense.
Le procureur a appuyé son réquisitoire sur de nombreuses pièces à conviction : photographies, messages Telegram et extraits d'auditions policières. La lecture de certains passages a été si éprouvante que deux personnes ont quitté la salle d'audience. Il a souligné la "collaboration parcellaire" de C.V. tout au long de l'enquête, qui avait livré des détails précis aux enquêteurs avant de nier ces mêmes déclarations. "Certaines auditions contiennent tous les éléments", a-t-il estimé, alors que la prévenue les qualifiait de "totalement fausses" à la barre.
Concernant l'ex-compagnon de C.V., le parquet a requis une peine de 16 ans de détention, assortie de 10 ans de mise à disposition du tribunal d'application des peines, pour des faits de viol sur enfant, d'atteintes à l'intégrité sexuelle sur trois enfants, ainsi que de production, diffusion et détention de matériel à caractère pédopornographique. Une interdiction professionnelle de 20 ans — durée maximale prévue par le Code pénal belge — avec des mineurs a également été requise.
Pour C.V., le procureur a demandé 10 ans de détention, 5 ans de mise à disposition du tribunal d'application des peines, une interdiction professionnelle de 20 ans avec des mineurs, une interdiction de contact avec les trois familles de victimes, la crèche de l'ULB et sa direction, ainsi qu'une interdiction d'approcher la crèche à moins de 300 mètres.
Contexte et enquête
Les faits reprochés aux deux prévenus couvrent une période infractionnelle s'étendant entre 2020 et 2025, selon différents tronçons retenus par le parquet. Les victimes sont au moins trois enfants âgés de moins de trois ans, confiés à la crèche de l'ULB, établissement universitaire réputé de la capitale belge.
Deux expertises psychiatriques ont été réalisées sur C.V. au cours de l'enquête. Les deux experts ont conclu qu'elle était "en capacité d'introspection" et "capable de recul sur une situation". Ils ont par ailleurs écarté la thèse du contrôle coercitif invoquée par la défense. Les psychiatres ont également été "très clairs" sur l'absence d'intérêt pédophile dans le chef de l'ancienne puéricultrice : selon le parquet, elle aurait agi pour satisfaire son ancien partenaire.
L'affaire a provoqué une onde de choc considérable en Belgique. "Les actes sont révulsants. Les dégâts sont immenses au niveau de la conscience collective", a déclaré le procureur. Il a insisté sur le fait que cette affaire "met en péril la confiance que nous avons tous lorsque nous mettons nos enfants à la crèche", soulignant la gravité particulière des faits commis dans un lieu censé garantir la sécurité des tout-petits.
En Belgique, les infractions sexuelles sur mineurs font l'objet d'une attention judiciaire renforcée depuis la réforme du Code pénal sexuel de 2022, qui a notamment élargi la définition du viol et durci les peines applicables aux auteurs de violences sexuelles sur enfants.
Ce que dit la loi
En droit belge, le viol est défini et sanctionné par l'article 375 du Code pénal. Lorsque la victime est un enfant de moins de 14 ans, la peine est aggravée et peut atteindre la réclusion à perpétuité dans les cas les plus graves. La réforme du Code pénal sexuel belge, entrée en vigueur en 2022, a introduit une définition du viol fondée sur le consentement, alignant la Belgique sur les standards européens les plus protecteurs.
La production, la détention et la diffusion de matériel pédopornographique sont punies par l'article 383bis du Code pénal belge, avec des peines pouvant aller jusqu'à 5 ans d'emprisonnement, portées à 10 ans lorsque les victimes sont des enfants de moins de 14 ans ou lorsque les faits sont commis dans le cadre d'une organisation criminelle.
La mise à disposition du tribunal d'application des peines, requise par le parquet pour les deux prévenus, est une mesure de sûreté belge permettant de maintenir un condamné sous surveillance judiciaire au-delà de sa peine principale, applicable notamment aux auteurs d'infractions sexuelles graves sur mineurs (loi du 5 mai 2014).
L'interdiction professionnelle de 20 ans avec des mineurs, requise pour les deux prévenus, correspond à la durée maximale prévue par le Code pénal belge pour ce type de mesure accessoire, destinée à protéger les enfants de tout contact futur avec des personnes condamnées pour des infractions sexuelles à leur égard.
Chronologie
- 2004-2006 (environ) — Début de la relation entre C.V. (alors âgée de 16 ans) et son futur co-prévenu (32 ans à l'époque), selon les éléments rappelés par le parquet.
- 2020 — Début de la période infractionnelle retenue par le parquet : premiers faits de violences sexuelles sur des enfants de la crèche de l'ULB.
- 2020-2022 — Période principale des faits de viol, atteintes à l'intégrité sexuelle et production de matériel pédopornographique sur au moins trois enfants de moins de trois ans.
- 2022-2025 — Poursuite de la période infractionnelle selon différents tronçons retenus par le parquet ; ouverture de l'enquête judiciaire et auditions des prévenus.
- 3 mars 2026 (matin) — C.V. prend la parole devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, nie les faits, invoque l'emprise et conteste ses aveux policiers.
- 3 mars 2026 (après-midi) — Le procureur du roi prononce son réquisitoire, réfute la thèse de l'emprise, requiert 16 ans de détention pour l'ex-compagnon et 10 ans pour C.V., ainsi que 20 ans d'interdiction professionnelle pour les deux.
Ressources et aide
- 17 — Police secours (France)
- 101 — Police secours (Belgique)
- 3919 — Violences Femmes Info (France, gratuit, 24h/24)
- 0800 30 030 — SOS Violences conjugales (Belgique, gratuit)
- 116 006 — Aide aux victimes, France Victimes (France)
- 119 — Enfance en danger (France, gratuit, 24h/24)
- 103 — Child Focus, enfants disparus et victimes (Belgique)
- 1515 — Aide aux femmes violentées (Maroc)
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Article rédigé par Noura Abdellaoui, journaliste spécialisée faits divers et violences pour AjiHelp Media. AjiHelp est une application d'aide aux victimes de violences, de harcèlement et de mal-être. Ressources d'urgence, témoignages et contacts en quelques secondes — disponible sur iOS et Android.
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