Pourquoi les victimes de violence conjugale ne partent-elles pas ? Comprendre l'emprise
"Pourquoi elle ne part pas ?" Cette question reflète une incompréhension profonde de l'emprise. Voici les mécanismes qui expliquent pourquoi les victimes restent, parfois pendant des années.
"Mais pourquoi elle ne part pas ?" Cette question revient constamment lorsqu'on parle de violence conjugale. Elle reflète une incompréhension profonde du phénomène d'emprise. En réalité, partir n'est pas simple — et rester ne signifie pas consentir. Voici les mécanismes qui expliquent pourquoi les victimes restent, parfois pendant des années.
L'emprise psychologique : qu'est-ce que c'est ?
L'emprise est un processus progressif par lequel un individu prend le contrôle psychologique d'un autre. Elle ne s'installe pas du jour au lendemain : elle se construit sur des mois, parfois des années, à travers des mécanismes précis :
- L'isolement progressif : couper la victime de ses amis, de sa famille, de son réseau de soutien
- La dévalorisation constante : critiquer, humilier, minimiser les capacités de la victime jusqu'à ce qu'elle doute d'elle-même
- La culpabilisation : lui faire croire qu'elle est responsable des violences
- Le gaslighting : lui faire douter de sa propre perception de la réalité
Le cycle de la violence
La violence conjugale ne fonctionne pas en continu. Elle suit un cycle qui entretient l'espoir et empêche la victime de partir :
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- Phase de tension : l'atmosphère devient lourde, la victime marche sur des œufs
- Explosion : la violence éclate — physique, verbale, sexuelle
- Lune de miel : l'agresseur s'excuse, promet de changer, est attentionné et tendre
- Réconciliation : la victime y croit, espère que c'est la dernière fois
Ce cycle peut se répéter des centaines de fois. La phase de lune de miel est ce qui nourrit l'espoir et rend le départ si difficile à envisager.
Les autres raisons qui empêchent de partir
La peur. La période la plus dangereuse pour une femme victime de violence conjugale est celle qui suit son départ. Le risque de féminicide est multiplié par 7 dans les semaines qui suivent une séparation. Cette peur est fondée et réelle.
Les enfants. La crainte de perdre la garde, de traumatiser les enfants par une procédure judiciaire, ou de les "priver de père" est un frein immense pour de nombreuses victimes.
La dépendance financière. Sans ressources propres, sans compte bancaire personnel, sans emploi — partir peut signifier se retrouver à la rue avec ses enfants.
La honte. Admettre que l'on est victime de violence de la part de son conjoint est perçu comme un échec personnel ou familial dans de nombreuses cultures et familles.
L'amour. On peut aimer quelqu'un qui nous fait du mal. L'agresseur n'est pas violent 24h/24 — il peut être charmant, aimant, le père de ses enfants.
Ce que l'entourage peut faire
- Ne jamais juger ni imposer d'ultimatum
- Maintenir le lien, même quand la victime minimise ou défend son agresseur
- Répéter sans se lasser : "Je suis là, quand tu seras prête"
- Ne jamais contacter l'agresseur
- Aider à préparer un plan de départ si elle le souhaite
Ressources d'aide
- 3919 — Violences Femmes Info (pour les victimes ET leur entourage, gratuit 24h/24)
- arretonslesviolences.gouv.fr — ressources et orientation
- 116 006 — Aide aux victimes
Ce que l'entourage peut faire concrètement
Face à une personne victime de violence conjugale, les proches se sentent souvent impuissants. Voici les attitudes qui aident — et celles qui aggravent la situation.
- Écouter sans juger ni minimiser. Ne pas dire « il ne te ferait jamais vraiment de mal » ou « tu exagères ».
- Ne pas poser d'ultimatum. « Si tu ne pars pas, je ne t'aide plus » coupe le dernier lien de soutien. La victime doit prendre cette décision à son rythme.
- Maintenir le contact. Même si elle refuse de partir, continuer à lui envoyer des messages. Savoir qu'elle n'est pas seule peut faire la différence le jour où elle décidera d'agir.
- Lui transmettre des informations pratiques. Le numéro du 3919, l'existence des associations locales, les démarches possibles — sans pression.
- Être prêt(e) le jour J. Proposer un hébergement temporaire, aider à emmener les enfants, accompagner au commissariat si elle le souhaite.
Le départ : une étape qui se prépare
Contrairement à ce que l'on imagine, les victimes qui quittent une relation violente le font rarement dans l'impulsion. La majorité préparent leur départ sur plusieurs semaines ou mois. Cette préparation comprend :
- Mettre de côté de l'argent liquide progressivement
- Photocopier les documents essentiels (passeport, acte de naissance, carte vitale, livret de famille)
- Prévoir un sac d'urgence chez un proche
- Contacter une association avant de partir pour connaître ses droits
- Prévenir une personne de confiance du plan
Des guides de préparation au départ sont disponibles sur le site de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (solidaritefemmes.org).
Le cadre légal en France, Maroc et Belgique
En France, la loi du 28 décembre 2019 a renforcé les dispositifs de protection : ordonnance de protection délivrée en 6 jours, bracelet anti-rapprochement (BAR), téléphone grave danger (TGD). Ces outils permettent à la victime de rester chez elle tout en étant protégée.
Au Maroc, la loi 103-13 relative à la lutte contre les violences faites aux femmes, en vigueur depuis 2018, crée plusieurs nouvelles infractions pénales. Elle prévoit notamment des mesures de protection temporaire pour les victimes.
En Belgique, la loi du 15 mai 2012 instaure un système d'éloignement temporaire du domicile pour l'auteur de violences. La victime peut rester chez elle ; c'est l'agresseur qui doit partir.
Ressources pour les victimes et les proches
- 3919 — Violences Femmes Info (France, gratuit, 9h-22h semaine)
- 8350 — Numéro national violences femmes (Maroc)
- 0800 30 030 — SOS Violences Conjugales (Belgique, gratuit 24h/24)
- solidaritefemmes.org — annuaire des structures d'aide par département
- En France : consulter le juge aux affaires familiales pour une ordonnance de protection
Partir est souvent le début d'un long chemin — mais ce chemin existe, et des centaines d'associations l'accompagnent chaque jour.
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Ressources, signalement et entraide — gratuite, disponible sur iOS & Android



