Mitry-Mory : suicide de Camélia, 17 ans, victime de harcèlement scolaire 2025
Harcèlement🇫🇷 France
27 juillet 2026·6 min de lecture·Noura Abdellaoui

Mitry-Mory : suicide de Camélia, 17 ans, victime de harcèlement scolaire 2025

Camélia, lycéenne de 17 ans à Mitry-Mory (Seine-et-Marne), s'est donné la mort le 13 janvier 2025 après des mois de harcèlement scolaire. Une enquête est ouverte.

⚠️ Contenu sensible — Cet article traite de suicide et de harcèlement scolaire. Si vous traversez une période difficile, des ressources d'aide sont disponibles en bas de page.

Camélia, 17 ans, élève en terminale au lycée Honoré de Balzac de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, a mis fin à ses jours le mardi 13 janvier 2025. Sa famille affirme qu'elle était victime de harcèlement scolaire depuis le mois de décembre. Son décès a provoqué une onde de choc dans son établissement et au-delà, déclenchant plusieurs jours de rassemblements spontanés d'élèves devant le lycée.

Les faits en détail

Le mardi 13 janvier 2025, en début d'après-midi, Camélia s'est allongée sur les rails d'une gare proche de son domicile. Un RER l'a percutée peu après. Elle n'a pas survécu. Elle avait 17 ans et était scolarisée en classe de terminale au lycée Honoré de Balzac, à Mitry-Mory, commune de Seine-et-Marne située à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Paris.

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Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, la mère de Camélia a immédiatement évoqué, dès ses premières auditions, des faits de harcèlement que sa fille subissait depuis le mois de décembre 2024. Elle décrit des insultes répétées, parfois à caractère sexuel, émanant d'un groupe de plusieurs élèves de l'établissement. Une voisine de la jeune fille a confirmé ces éléments aux enquêteurs, précisant que Camélia lui avait confié ses difficultés lors de trajets en bus communs : « Elle me disait que certaines filles la faisaient chier et que c'était assez compliqué. »

Ce qui aggrave le sentiment d'incompréhension et de colère dans la communauté scolaire, c'est la révélation que Camélia avait été reçue par le proviseur du lycée le jour même de son suicide. Selon le procureur de la République de Meaux, Jean-Baptiste Bladier, « au cours de cet entretien, l'intéressée avait été renvoyée à sa propre responsabilité dans les faits ». La famille de la jeune fille affirme qu'elle n'a pas reçu le soutien qu'elle attendait lors de cette rencontre, ce qui aurait pu constituer un facteur aggravant dans sa détresse.

Depuis le drame, les élèves du lycée se rassemblent chaque jour devant l'établissement, brandissant des pancartes contre le harcèlement scolaire. Vendredi 16 janvier, trois jours après le décès de Camélia, ils étaient toujours plus nombreux. Leurs témoignages révèlent une réalité troublante : personne, ou presque, n'avait perçu l'ampleur de la souffrance de leur camarade. « C'était une fille assez forte qui se défendait. On n'était pas au courant du harcèlement.

On l'a appris après sa mort parce que sa classe l'a très très bien caché. Elle-même a très très bien caché sa souffrance », témoigne une adolescente. Un autre élève ajoute : « Les gens de sa classe étaient au courant qu'il y avait des histoires et personne n'a agi. Et on se rend compte du silence et que le silence c'est la pire des choses. »

Depuis le drame, le proviseur du lycée et les élèves impliqués dans l'affaire font l'objet d'intimidations et de menaces anonymes. Face à cette situation, le rectorat a lancé un appel au calme, soulignant que les investigations judiciaires sont en cours et que la justice doit suivre son cours.

Contexte et enquête

Une enquête judiciaire a été ouverte par le parquet de Meaux afin de déterminer les circonstances exactes du décès de Camélia et d'établir les responsabilités éventuelles dans les faits de harcèlement qui lui auraient été infligés. Le procureur de la République de Meaux, Jean-Baptiste Bladier, a confirmé l'ouverture de cette procédure et précisé les éléments recueillis auprès de la famille.

Le harcèlement scolaire est un phénomène massif en France. Selon les données du ministère de l'Éducation nationale, environ 700 000 élèves seraient victimes de harcèlement scolaire chaque année en France, soit près d'un élève sur dix. Le cyberharcèlement, qui accompagne souvent le harcèlement en présentiel, touche une proportion croissante de jeunes, notamment les adolescentes. Ces chiffres placent la France parmi les pays européens les plus touchés par ce phénomène.

Le cas de Camélia illustre également un phénomène bien documenté par les psychologues et les travailleurs sociaux : la dissimulation de la souffrance par les victimes elles-mêmes. Par honte, par peur des représailles ou par crainte de ne pas être crues, de nombreuses victimes de harcèlement cachent leur détresse à leur entourage, y compris à leur famille. Ce silence rend la détection précoce particulièrement difficile pour les adultes encadrants.

Le rôle de l'établissement scolaire est également au cœur des questions soulevées par ce drame. La loi du 2 mars 2022 visant à combattre le harcèlement scolaire impose aux établissements une obligation de traitement des signalements et de protection des élèves victimes. La question de savoir si le lycée Honoré de Balzac a respecté ces obligations fait partie des axes de l'enquête en cours.

Ce que dit la loi

En France, le harcèlement scolaire est reconnu comme une infraction pénale depuis la loi du 2 mars 2022. L'article 222-33-2-3 du Code pénal, introduit par cette loi, punit le harcèlement scolaire de peines pouvant aller jusqu'à dix ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende lorsque les faits ont conduit la victime à se suicider ou à tenter de se suicider.

Plus précisément, les peines sont graduées selon les conséquences subies par la victime :

  • Harcèlement scolaire simple : jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.
  • Lorsque les faits ont causé une incapacité totale de travail (ITT) supérieure à 8 jours : jusqu'à 5 ans et 75 000 euros d'amende.
  • Lorsque les faits ont conduit la victime au suicide ou à une tentative de suicide : jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende.

Les auteurs de harcèlement scolaire peuvent être des mineurs. Dans ce cas, ils relèvent du tribunal pour enfants et du Code de la justice pénale des mineurs (CJPM), entré en vigueur en septembre 2021, qui prévoit des mesures éducatives et, pour les plus graves, des sanctions pénales adaptées à leur âge.

Par ailleurs, si des manquements de l'établissement scolaire dans la prise en charge du signalement sont établis, la responsabilité de l'État peut être engagée devant les juridictions administratives.

Chronologie

  • Décembre 2024 — Selon la famille de Camélia, la lycéenne commence à subir des insultes répétées, parfois à caractère sexuel, de la part d'un groupe d'élèves de son lycée.
  • Début janvier 2025 — Camélia confie à sa voisine ses difficultés au lycée. Celle-ci lui conseille d'en parler à l'établissement.
  • Mardi 13 janvier 2025, matin — Camélia est reçue par le proviseur du lycée Honoré de Balzac. Selon sa famille, elle n'aurait pas reçu le soutien attendu lors de cet entretien.
  • Mardi 13 janvier 2025, après-midi — Camélia s'allonge sur les rails d'une gare. Un RER la percute. Elle décède sur place. Elle avait 17 ans.
  • Mercredi 14 janvier 2025 — Les premiers rassemblements d'élèves ont lieu devant le lycée. Le parquet de Meaux ouvre une enquête.
  • Vendredi 16 janvier 2025 — Trois jours après le drame, les rassemblements se poursuivent et s'amplifient. Le procureur Jean-Baptiste Bladier confirme les éléments de l'enquête à la presse. Le rectorat lance un appel au calme face aux menaces visant le proviseur et les élèves mis en cause.

Ressources et aide

  • 3020 — Numéro national de lutte contre le harcèlement scolaire (gratuit, 9h-20h du lundi au vendredi)
  • 3114 — Numéro national de prévention du suicide (disponible 24h/24, 7j/7)
  • 119 — Enfance en danger (FR)
  • 17 — Police secours
  • 3919 — Violences Femmes Info (FR)
  • 116 006 — Aide aux victimes (France Victimes)
  • AjiHelp — Application d'aide aux victimes iOS/Android — disponible sur App Store et Google Play

Article rédigé par Noura Abdellaoui, journaliste spécialisée faits divers et violences pour AjiHelp Media. AjiHelp est une application d'aide aux victimes de violences, de harcèlement et de mal-être. Ressources d'urgence, témoignages et contacts en quelques secondes — disponible sur iOS et Android.

Tags#Harcèlement#France#AjiHelpMedia
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