Que faire après une agression ? Les démarches urgentes étape par étape
Les premières heures après une agression sont cruciales pour votre sécurité et pour la préservation des preuves. Ce guide détaille chaque étape, dans l'ordre, pour vous permettre d'agir avec clarté même en état de choc.
Étape 1 — Mettez-vous immédiatement en sécurité
La toute première priorité est votre sécurité physique. Éloignez-vous de l'agresseur par tous les moyens possibles. Si vous êtes dans un lieu public, criez pour attirer l'attention. Si vous êtes chez vous, sortez ou enfermez-vous dans une pièce avec une issue.
- En France :
- 17 : Police nationale ou gendarmerie (urgences)
- 15 : SAMU (urgences médicales)
- 112 : Numéro européen des urgences (fonctionne sans réseau et sans crédit)
Au Maroc : composez le 19 (police) ou le 15 (SAMU). En Belgique : le 101 (police) ou le 112 (urgences médicales).
Si vous ne pouvez pas parler (agresseur proche), certains systèmes permettent d'appuyer plusieurs fois sur un bouton pour déclencher une alerte silencieuse. L'application AjiHelp intègre cette fonctionnalité avec envoi de localisation GPS à vos contacts de confiance.
Rejoingnez un lieu sûr : chez un ami, un voisin, dans un commerce, un hôpital ou une association. Ne restez pas seul(e).
Étape 2 — Préservez les preuves (crucial pour la suite)
Avant tout soin, il est essentiel de préserver les preuves. Cette étape est souvent négligée par réflexe, mais elle peut être déterminante pour la suite judiciaire.
Ne prenez pas de douche avant d'avoir été examiné(e) médicalement — vous risquez d'éliminer des traces biologiques cruciales (en cas d'agression sexuelle notamment). Il en va de même pour vos vêtements : ne les lavez pas, conservez-les dans un sac en papier (pas en plastique qui altère les preuves).
Photographiez vos blessures dès que possible, avec date et heure horodatées par votre téléphone. Même les ecchymoses légères méritent d'être documentées : elles évoluent dans les heures suivantes.
Conservez tous les éléments pouvant servir de preuves : messages, e-mails, captures d'écran, enregistrements audio ou vidéo, témoignages de personnes présentes. Sauvegardez ces éléments sur un cloud ou envoyez-les à une adresse e-mail sécurisée que l'agresseur ne connaît pas.
Étape 3 — Consultez un médecin rapidement
Même en l'absence de blessures visibles, une consultation médicale est indispensable. Elle remplit plusieurs fonctions :
Soins immédiats : Le médecin traitera vos blessures physiques, pourra prescrire un traitement d'urgence en cas d'agression sexuelle (traitement post-exposition HIV dans les 72h, contraception d'urgence), et vous orientera vers un soutien psychiatrique.
Le certificat médical : C'est un document légal qui décrit objectivement l'état de vos blessures et leur gravité. Il est indispensable si vous portez plainte. Demandez-le explicitement. Il doit mentionner l'incapacité totale de travail (ITT) en jours, qui détermine la qualification pénale de l'agression.
Unités médico-judiciaires (UMJ) : Situées dans les grands hôpitaux, ces unités spécialisées réalisent des constatations médico-légales plus complètes. Elles peuvent recueillir des prélèvements biologiques valides juridiquement.
Si vous hésitez à aller aux urgences, les CIDFF (Centres d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles) peuvent vous orienter.
Étape 4 — Déposez une plainte ou une main courante
La plainte : Vous pouvez porter plainte dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, même en dehors de votre lieu de résidence. Vous avez le droit d'être accompagné(e) d'un avocat ou d'un proche. La plainte déclenche une enquête judiciaire.
La pré-plainte en ligne : En France, le site pre-plainte-en-ligne.gouv.fr permet d'initier la démarche depuis chez soi pour les violences physiques, avec un rendez-vous en commissariat ensuite. Cela évite l'attente.
La main courante : Si vous hésitez à porter plainte formellement, la main courante est une déclaration qui trace officiellement les faits sans déclenchement automatique d'enquête. Elle peut être utile pour constituer un historique en cas de harcèlement répété.
En cas de refus d'enregistrement : Si le commissariat refuse de prendre votre plainte (ce qui est illégal), demandez à parler au chef de service, ou adressez vous directement au procureur de la République par courrier recommandé.
Les délais de prescription : En France, les délais varient selon la nature de l'infraction. Pour les agressions sexuelles sur majeurs : 6 ans. Pour les viols : 20 ans. Ne pensez pas que le temps écoulé vous empêche d'agir.
Étape 5 — Prendre soin de vous après le choc
Le choc traumatique peut prendre de nombreuses formes : insomnie, flashbacks, anxiété, repli sur soi, irritabilité, état de sidération ou au contraire agitation. Ces réactions sont normales face à un événement anormal.
Le soutien psychologique immédiat : Des cellules de soutien psychologique peuvent être activées après une agression grave. Certains hôpitaux proposent un psychologue de crise disponible aux urgences.
Le suivi à moyen terme : Un suivi avec un psychologue ou un psychiatre spécialisé en psychotraumatologie est fortement recommandé. Les thérapies EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) et TCC (Thérapies Cognitives et Comportementales) ont démontré leur efficacité dans le traitement du SSPT (Syndrome de Stress Post-Traumatique).
Les associations de victimes : L'INAVEM (Institut National d'Aide aux Victimes Et de Médiation) dispose d'un réseau national d'associations de soutien. Le site aide-aux-victimes.fr propose un annuaire des structures près de chez vous.
Rappellez-vous : vous n'êtes pas responsable de ce qui s'est passé. Vous méritez du soutien et du temps pour vous reconstruire.
Les réflexes à retenir
- Appeler le 17 (FR) ou le 19 (MA) en cas de danger immédiat
- Ne pas prendre de douche avant l'examen médical (préservation des preuves)
- Photographier les blessures avec horodatage dès que possible
- Consulter un médecin dans les 72 heures pour le certificat médical
- Contacter le 3919 pour une écoute spécialisée et un accompagnement
- Sauvegarder tous les éléments de preuve sur un support sécurisé
- Ne pas rester seul(e) — rejoindre un proche ou une association
Erreurs à éviter
- Prendre une douche avant l'examen médical — cela détruit les preuves biologiques
- Laver ou jeter les vêtements portés lors de l'agression
- Attendre des jours ou semaines avant de consulter un médecin
- Confronter l'agresseur seul(e) pour "s'expliquer"
- Penser que le temps écoulé empêche de porter plainte
- Négliger le soutien psychologique face à l'état de choc
